Actu régionale : Journées Filières et Techniques en Légumes Bio : 2 journées pour découvrir les filières maraîchage et légumes de plein champ biologiques
15 juillet 2010
Journées Filières et Techniques en Légumes Bio : 2 journées pour découvrir les filières maraîchage et légumes de plein champ biologiques
Le mercredi 30 juin, Inter Bio Bretagne a clôturé sa série de 5 journées "Filières et Techniques", organisées au cours du premier semestre 2010. Les 2 dernières journées étaient consacrées à la filière "Fruits et légumes Bio" bretonne avec comme lieux de visite plusieurs producteurs et préparateurs Bio situés dans le Morbihan (10 juin) et le Finistère (30 juin). Les deux journées ont rassemblé 62 participants venant de divers milieux agricoles : porteurs de projet en installation et/ou conversion vers l'Agriculture Biologique, enseignants, étudiants, techniciens, chercheurs... La journée du 30 juin a notamment accueilli Karen Adji - responsable formation au Service Régional de la Formation et du Développement de la DRAAF - accompagnée de 7 chefs d'exploitation de lycées agricoles bretons.
Avec environ 2 400 ha de légumes Bio et en conversion en 2009, la Bretagne maintient sa position de première région française de légumes Bio. En effet, depuis 2000, la filière "Fruits et Légumes Bio" bretonne connait une forte progression à la fois en ce qui concerne la production, la transformation et la distribution. On constate un très fort dynamisme des conversions depuis fin 2007. Selon l'observatoire régional de la production biologique (réseau GAB-FRAB), 40% des nouvelles fermes Bio engagées en 2008 sont en production de légumes. En 2009, 391 fermes Bio - soit environ 1/3 des fermes Bio bretonnes - produisent des légumes, et pour 313 d'entre elles il s'agit de la principale production (contre 256 fermes en 2008). Par ailleurs, on constate une forte organisation de la filière, puisque plus de 70% des producteurs de légumes Bio bretons appartiennent à une Organisation économique de Producteurs (OP).
Au cours de ces deux journées organisées par Inter Bio Bretagne, trois systèmes d'organisation de producteurs et leurs partenaires Aval ont été mis en avant : l'Armorique Maraîchère, l'APFLBB (Association des Producteurs de Fruits et Légumes Bio Bretons), l'association Aval Douar Beo ainsi que les sociétés Biomas (29) et Bio-Porhoët (56).
Au total, 5 visites d'opérateurs économiques et de producteurs ont été effectuées : deux dans le secteur du Porhoët (Morbihan), une près de Morlaix (Finistère) et deux sur l'Ile de Batz (Finistère). A l'instar des autres journées, ces visites ont permis de mettre en avant les particularités techniques et économiques des filières Bio bretonnes, et en particulier la diversité dans l'organisation et dans la commercialisation des produits Bio. Des freins au développement de la filière ont également été identifiés, dont l'éloignement de certains producteurs Bio des plateformes de conditionnement pour livrer leurs légumes Bio, l'accès difficile au foncier pour les installations, le temps de travail important ou encore certaines difficultés techniques (désherbage manuel, choix variétal parfois limité...).
Ces journées ont également été l'occasion de présenter les travaux de recherche-expérimentation réalisés à la PAIS, Plateforme Agrobiologique d'Inter Bio Bretagne à Suscinio.
Présentation des opérateurs économiques et producteurs visités
| Bio-Porhoët SARL, société de conditionnement et d'expédition de fruits et légumes frais, est située à Ménéac dans le nord-Morbihan. Elle est née en 2003 de la volonté de 4 producteurs Bio. Son siège social se trouve sur le site de la ferme du Manoir du Bé, créée en 1995 par Frédéric Cousin. Aujourd'hui, son père Jean-Luc Cousin est chef d'exploitation et dirigeant de Bio-Porhoët. Au total, 7 salariés à temps plein assurent la production, le conditionnement, la livraison des fruits et légumes Bio et la préparation de paniers. La société Bio-Porhoët commercialise sa propre production (8 000 m² de tunnel et 6 ha de cultures de plein champ), qui représente près de la moitié des volumes, et fait appel à environ 35 producteurs Bio de la région. | |
![]() | La gamme se compose de quinze références en fruits (fraise, pomme, kiwi...) et une vingtaine en légumes Bio (pomme de terre, carotte, tomate, poivron, aubergine...). Les circuits de commercialisation de Bio-Porhoët sont particulièrement variés : gros ou demi-gros au MIN de Nantes, transformateurs, magasins spécialisés Bio, restauration collective, grossistes, mais aussi détail sur des marchés régionaux ou via des paniers Bio. Le défi relevé par la société est de maîtriser ses volumes de production de sorte à optimiser les coûts de production. Le chiffre d'affaires s'élève à 528 000 € en 2009. |
| La ferme de Jean-Louis Le Roch est certifiée Bio depuis 1996 et emploie 1,5 UTH sur 140 ha. Le système mis en place associe la production de grandes cultures pour l'alimentation humaine et animale, l'élevage et la culture de légumes de plein-champ dans un objectif de valorisation maximale des rotations. Ces dernières s'organisent sur 7 ans en moyenne. L'organisation du temps de travail est également un élément moteur dans le fonctionnement de la ferme, d'où la recherche d'activités complémentaires et le souci permanent d'une bonne technicité (désherbage, gestion des rotations...). En 2010, le ferme cultive 24 ha de légumes et pommes de terre, 54 ha de céréales pour l'alimentation animale et humaine, 14 ha de luzerne, 7 ha de mélanges prairiaux et dispose de 42 ha de pâturages. | |
![]() | Les 40 vaches allaitantes charolaises et 26 génisses sont commercialisées via l'association BVB (Bretagne Viande Bio). Les légumes frais sont vendus à Bio-Porhoët et à l'APFLBB (Association des Producteurs de Fruits et Légumes Bio Bretons) et en partie à l'industrie agroalimentaire (UFM / CECAB). La production de plants de pommes de terre, techniquement difficile, est très bien maîtrisée par Jean-Louis Le Roch. Elles sont mises sur le marché par l'association Aval Douar Beo. L'orge brassicole est vendue via l'association régionale "De la Terre à la Bière" pour élaborer de la bière Bio bretonne dans les Brasseries Coreff et Lancelot. |
| Jean-Pierre Craignou a converti son exploitation en Bio en 1993 et adhère à la coopérative "Armorique Maraîchère". Le GAEC Craignou, récemment formé entre le père, la mère et le fils Jean-Félix, est constitué de nombreuses parcelles réparties sur l'île de Batz pour un total de 10 ha, où est cultivée une gamme de légumes de plein champ qui se diversifie de plus en plus : pomme de terre, choux, fenouil, oignons, radis, persil, carotte et betterave... | |
| La pomme de terre primeur, spécialité de l'île, occupe plus de la moitié des surfaces cultivées. La maîtrise de cette culture par Jean-Pierre Craignou est indéniable. Selon lui, ses rendements sont équivalents à ceux des conventionnels, mais le temps de travail nécessaire est autrement plus important (plantation et récolte à la main). Sur l'île, tradition et modernité se côtoient, à l'image du désherbage effectué à la traction animale sur certaines parcelles, mais aussi au désherbeur thermique. La commercialisation des produits Bio se fait exclusivement via l'Armorique Maraîchère et la société de conditionnement et d'expédition Biomas (cf. ci-dessous). |
| L'EARL de Jean-Paul Le Saout, sur l'île de Batz, a une surface de 8 ha cultivés en légumes de plein champ, dont 4 ha de pommes de terres primeurs et 2,5 ha d'échalotes, oignons, carottes... Ses produits sont commercialisés via l'APFLBB par Pro Natura. Jean-Paul Le Saout possède également 500 m² de serres avec une large gamme de produits - tomate, aubergine, betterave rouge, fenouil, concombre... - majoritairement destinés à la vente sur les marchés. | |
![]() | En raison de la stagnation des prix de ses principales productions, il projette d'accentuer sa diversification, mais cette intention implique plus de main d'œuvre, pas toujours facile à trouver sur l'île. Converti en Bio depuis 1997, il souligne l'importance d'une bonne gestion du temps de travail pour faire face aux points clés d'une conversion réussie : la sélection variétale, la diversification des rotations, la maîtrise du désherbage des cultures ainsi que l'apport de matière organique pour compenser l'appauvrissement du sol. Cet apport se fait notamment sous forme de fumier de bovin déshydraté et de goémon. |
| Créée en 1970, la société MAS, développe dès 1983 une très large gamme de produits de maraîchage. Sous la marque Hotgame, MAS développe d'abord une gamme de légumes originaux (250 légumes différents) tels que mini-légumes, fleurs à manger, légumes anciens, petites salades et aussi plantes sauvages et algues marines de récolte. En parallèle, sous la marque Biomas, la société commence à commercialiser des légumes Bio, mais c'est à partir de 1992 que cette activité prend son véritable essor. Elle prépare, conditionne et expédie toujours aujourd'hui sa gamme de légumes originaux mais aussi, et aujourd'hui à titre principal, une large gamme de légumes Bio à destination des marchés locaux, nationaux et internationaux, et fournit des semences Bio de pomme de terre et d'échalotes aux producteurs Bio français. L'entreprise est située à Taulé, à quelques kilomètres de Morlaix. Elle compte 19 salariés et commercialise plus de 100 références Bio sous la marque "Biomas". Selon son dirigeant, François Le Lagadec, la filière "Légumes Bio" se développe depuis quelques années régulièrement et surtout harmonieusement. Depuis toujours tournée vers la diversité, le maraîchage et le lien au sol, l'entreprise accorde une grande importance aux principes fondateurs de l'Agriculture Biologique. | |
![]() | Ainsi, le développement de l'activité de production se concentre localement sur le Pays de Morlaix. Par ailleurs, aucun des producteurs de l'Armorique Maraîchère ne pratique la culture hors-sol ou le chauffage des cultures sous abris. L'approvisionnement de Biomas en matières premières est complété par d'autres fournisseurs, principalement situés en Finistère Nord, pour un total de 60 producteurs Bio. Autre pilier de l'Armorique Maraîchère : les adhérents s'engagent à mettre en commun la totalité de leur production, ce qui donne une visibilité aux producteurs et à Biomas. Le chiffre d'affaires global réalisé en 2009 s'élève à environ 6,5 millions d'euros. |
La Bio bien ancrée sur l'île de Batz
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En savoir plus sur la C.I.R.A.B. (Commission Interprofessionnelle Régionale de Recherche en Agriculture Biologique)
| Les Journées "Filières et Techniques" d'Inter Bio Bretagne : les objectifs
Inter Bio Bretagne et ses adhérents organisent au cours du 1er semestre 2010 5 journées Filières et Techniques qui permettent aux (futurs) agriculteurs Bio, aux opérateurs économiques, aux techniciens et aux enseignants de découvrir des filières Bio (Œufs, Lait de chèvre, Grandes cultures, Légumes). Ces journées sont l'occasion de présenter les outils de production, de transformation et de distribution en région Bretagne, d'exposer les enjeux techniques et réglementaires et de présenter les résultats des actions de recherche - expérimentation et les actions en cours.
En présence de spécialistes de chacune des filières, les journées Filières et Techniques d'Inter Bio Bretagne proposent des lieux d'échanges privilégiés entre producteurs et opérateurs d'aval, entre producteurs biologiques et conventionnels. Elles sont également l'occasion pour les professionnels Bio bretons de mener une réflexion globale sur l'évolution et le développement futur des filières Bio en Bretagne. |






L'île de Batz, située au large de Roscoff, fait partie des îles bretonnes où l'Agriculture Biologique est très présente. Les premières conversions datent des années 1980 et on compte aujourd'hui une dizaine d'exploitations Bio sur une surface de 60 ha. De structure sableuse et limoneuse, les terres sont fertiles et faciles à travailler. Pour beaucoup de producteurs, les algues de rive (le goémon) jouent un rôle important dans l'amendement des sols. Autre particularité de l'île : la plantation de haies protège les cultures contre le sel de mer et contre le vent, mais aussi contre les produits non-autorisés en Bio, en provenance des champs conventionnels avoisinants. Les professionnels présents sont partagés sur l'avenir agricole de l'île : malgré une bonne valorisation des productions, les contraintes liées à la situation insulaire (isolement, surcoût lié au transport, main d'œuvre rare) et la pression sur le coût du foncier sont importantes et peu de jeunes sont candidats à la reprise ou l'installation. Selon les producteurs Bio rencontrés, certains secteurs de l'île risquent d'être laissés à l'abandon, si les difficultés de reprise d'exploitation se confirment. Pour Jean-Pierre Craignou, "il y aura de moins en moins de producteurs sur l'île, parce que de moins en moins de jeunes veulent reprendre les exploitations". Mais dans ce contexte difficile, l'Agriculture Biologique a sans doute une carte à jouer, pour peu que les débouchés se maintiennent.