Conférences Bio - SPACE 2010
Le point sur les filières animales Bio : les enseignements des conférences organisées au Space
22 septembre 2010
D'année en année, la présence de la filière Bio au Space (Salon international de l'élevage - Parc des expositions de Rennes) se fait de plus en plus dynamique. Inter Bio Bretagne, Inter Bio Pays de la Loire et le GRAB Basse-Normandie, rassemblés sur le stand Bio Grand Ouest, avaient reconduit leur partenariat avec la Commission Bio d'Interbev pour constituer un espace Bio identifié et proposer deux conférences sur les filières animales Bio le jeudi 16 septembre. Principaux enseignements...
Pour la première fois, un répertoire Bio au Space
Inter Bio Bretagne, Inter Bio Pays de la Loire et le GRAB Basse-Normandie
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Organiser et anticiper : principal message de la conférence organisée par la Commission Bio d'INTERBEV au Space
La Commission Bio d'INTERBEV organisait le jeudi 16 septembre sur le SPACE une conférence intitulée "Organiser et planifier la production en Viandes Bio : la clé de la réussite".
Filières "Viande Bio" : l'importance d'un développement maîtrisé
Philippe Cabarat, Président de la commission Bio d'INTERBEV, a rappelé en introduction l'enjeu du développement maîtrisé de la filière "Viande Bio" dans un contexte de fortes conversions vers l'Agriculture Biologique avec une offre nouvelle de viande à commercialiser. Pour cela, la filière "Viande Bio" s'est structurée autour d'UNEBIO, qui commercialise, pour les éleveurs, leurs viandes (bovine, porcine, volailles). "Les éleveurs sont donc impliqués dans la commercialisation de leurs produits", comme le souligne René Courtois, éleveur et Vice-président de Bretagne Viande Bio. Cet engagement est fondamental pour maîtriser l'offre afin d'éviter de déséquilibrer le marché. UNEBIO, en planifiant les sorties d'animaux, sécurise les débouchés des nouveaux éleveurs en Agriculture Biologique. Caroline Voland, d'UNEBIO, a précisé que la structure, qui fonctionne comme une coopérative, demande aux éleveurs d'anticiper deux mois à l'avance les sorties d'animaux, afin d'organiser l'offre et de valoriser 100% de la viande en Bio. Les éleveurs définissent la politique d'achat d'UNEBIO ; la grille de prix est la même sur tout le territoire français avec une prime au respect de la planification, ce qui permet d'ajuster l'offre et la demande et de consolider les échanges entre les acteurs de la filière. En structurant la filière "Viande Bio", UNEBIO assure sa position par rapport aux acteurs de la distribution qui ont l'avantage de n'avoir qu'un interlocuteur. Elle sécurise la filière et assure aux producteurs un prix rémunérateur leur permettant d'envisager l'avenir sereinement.
Porc Bio - La structuration maîtrisée d'une filière - L'exemple de Bio Direct
Thierry Le Villoux, producteur de porcs Bio, a témoigné lors de cette même conférence sur l'organisation du groupement de producteurs de porcs, Bio Direct. Afin de contrôler les débouchés de leurs productions, le groupement a pris des parts importantes dans deux structures commerciales : Erca Bio et Bio valeur. Le groupement a mis en place une grille de prix identique pour tous les éleveurs et propose également un suivi technique de l'élevage.
Pour mettre en adéquation offre et demande, le groupement ne fait abattre que les porcs déjà vendus. Chaque porc est donc valorisé en Bio. L'objectif central du groupement est la maîtrise des volumes. Un planning est mis en place et réajusté continuellement en fonction de la demande (parfois jusqu'à deux fois par semaine).
Les producteurs doivent respecter un cahier des charges spécifiques "Viande Bio de France" qui va au-delà du cahier des charges Bio européen sur des critères tels que l'autonomie, le lien au sol, la taille de l'exploitation...
Les problématiques de l'identification de la filière "Porc Bio" française et celle des importations sont liées. Les coûts de production du porc Bio français étant plus élevés que ceux de certains voisins européens, le risque d'approvisionnement extérieur est important, d'où la mise en place d'un cahier des charges plus strict pour se démarquer sur certains critères de production.
La structure commerciale de Bio Direct, Erca Bio, a rappelé qu'avec 1000 porcs Bio abattus par semaine, cette production est encore confidentielle malgré le nombre de conversions en augmentation.
Enfin, les producteurs René Courtois (Bretagne Viande Bio), Thierry Le Villoux (Bio Direct), et Philippe Cabarat (Président de la Commission Bio d'Interbev) ont tenu à rappeler qu'ils ne subissaient pas les prix comme dans le conventionnel. Ils ont également insisté sur leur épanouissement dans leur profession. "Ne plus travailler avec des produits phyto" les libère, ils retrouvent "le plaisir du travail bien fait" et ressentent une certaine fierté et de la reconnaissance dans leur investissement pour la filière Agriculture Biologique et sa structuration.
Organisation et anticipation étaient les maîtres mots de cette conférence. Le public dans la salle ne s'y est pas trompé en demandant pourquoi la filière conventionnelle ne s'inspirait pas de cette organisation.
Se convertir à l'Agriculture Biologique : une étape à préparer
Cette seconde conférence le jeudi 16 septembre au Space, animée par le journaliste Yves Boiteau et co-organisée par Inter Bio Bretagne, Inter Bio Pays de la Loire et le GRAB Basse Normandie, sous l'égide de BRIO, était consacrée à la conversion à l'Agriculture Biologique.
Il s'agit en effet d'une étape qu'il convient de préparer tant sur le plan technique que sur le plan de la commercialisation des productions. La filière Bio est structurée et professionnalisée pour guider les porteurs de projets. Identifier et solliciter les structures d'accompagnement mais aussi les entreprises investies dans cette filière, poser un diagnostic, rencontrer par leur intermédiaire des producteurs pratiquant déjà l'Agriculture Biologique, échanger collectivement sur les problématiques rencontrées et les solutions trouvées...font partie des conditions d'une conversion réussie, tant pour le producteur qui s'engage en Bio que pour la filière dans son ensemble. La salle comble pour cette conférence a confirmé l'intérêt grandissant pour cette thématique.
En 2009 : un décollage confirmé pour la production Bio en France
L'Agence Bio recense environ 16 446 exploitations en Agriculture Biologique qui représentent 2,46 % de la SAU française. L'augmentation du nombre de fermes depuis 2008 est de + 23,7%. C'est la plus forte augmentation depuis 1995, avec en 2009, un rythme de conversion de 10 par jour. Dans la continuité, à fin 2010, une augmentation de 2 698 exploitations biologiques supplémentaires est attendue, soit 19% de plus qu'en 2009.
En ce qui concerne plus spécifiquement les productions animales, les cheptels Bio ont progressé en 2009 pour toutes les espèces, en particulier pour les productions avicoles :
Poulets de chair (+13%)
Poules pondeuses (+16%)
Brebis lait (15%)
Bovins laitiers et allaitants (+1,1%)
Chèvres laitières (+14%)
Truies (+3%)
En savoir plus : Le point sur... Filières animales en Agriculture Biologique
Témoignages et Table ronde : pourquoi et comment la Bio ?
![]() | Dominique Illien, éleveuse de porcs Bio dans le Morbihan et François Rouland, éleveur laitier dans le Calvados, ont témoigné des motivations qui les ont conduits à s'engager dans l'Agriculture Biologique et sur les difficultés qu'ils ont rencontrées dans leur conversion. Pascal Vaugarny, représentant le groupement de producteurs Fermiers de Loué, et Michel Quéré, technicien d'Agrobio Conseil, ont apporté un autre éclairage sur cette problématique, l'un à travers la structuration de la filière Bio au sein des Fermiers de Loué, et le second sur le diagnostic de conversion, essentiel pour réussir dans la durée. |
- Pour François Rouland, l'objectif est de tendre vers le plus d'autonomie possible. Il a engagé sa conversion pour sécuriser son revenu. Même si la conversion est nouvelle, le plus difficile a été de réussir ce qu'il appelle "la conversion psychologique", de rompre avec les habitudes du passé (objectifs de rendement par exemple...), de retrouver des repères rapidement sur les connaissances et techniques et de gérer l'isolement vis-à-vis de ses voisins qui au début semblaient dubitatifs, et qui aujourd'hui s'interrogent à leur tour.
- Pour Dominique Illien, le déclencheur de la conversion a été l'environnement naturel spécifique où elle réside et l'envie de produire autrement. L'exploitation porcine se trouve dans un contexte particulier de bord de côte où la pression foncière est forte, limitant ainsi la reconquête de l'autonomie et du lien au sol. Pour l'aider dans sa démarche de conversion, même si elle pratique un peu la vente directe, elle a rejoint un groupement de producteurs de porcs - Bio Direct - pour le suivi technique et la recherche de débouchés.
- Pascal Vaugarny a ensuite rappelé l'engagement des Fermiers de Loué dans la Bio depuis 1994 (1000 producteurs dont 75 en Agriculture Biologique et 30% de la production d'œufs en Bio). Le Syndicat des volailles fermières de Loué a mis en place un cahier des charges Label Rouge "Fermiers de Loué" assez proche du cahier des charges Bio (taille bâtiment, plein air, durée d'élevage, autonomie dans les approvisionnements, refus des OGM...), ce qui explique la facilité de la conversion Bio dans leur groupement. Ce dernier s'est doté de filiales pour l'abattage et a créé sa propre marque pour bien valoriser ses produits.
- Pour l'accompagnement technique des conversions Bio en Ille et Vilaine et dans les départements voisins, Agrobio Conseil a construit un outil de diagnostic de conversion qui sert de base pour étudier la faisabilité technique du projet, évaluer le potentiel de l'exploitation agricole, vérifier le bilan fourrager sur 5 ans... Il propose ainsi un accompagnement individuel pour réussir la conversion à l'Agriculture Biologique qui peut être complété par des formations collectives pour confronter ses hypothèses avec d'autres agriculteurs dans la même démarche.
Travailler ensemble pour construire et consolider les filières Bio
Après ces témoignages, les réactions dans la salle ont été nombreuses. La question de l'accompagnement technique est revenue plusieurs fois. Dans certains départements du Grand Ouest, les contrôles laitiers spécialisent des techniciens pour suivre et accompagner les conversions. Les Groupements d'Agriculteurs Biologiques (GAB) organisent des formations techniques et les Chambres d'Agriculture proposent également un suivi technique. Pour Michel Quéré, "les pionniers de l'Agriculture Biologique ont déblayé le terrain", mais aujourd'hui "nous maîtrisons la technique, nous ne sommes plus au stade du défrichement", "nous avons du recul sur les pratiques agronomiques...".
Au cours du débat, quelques questions ont montré des préoccupations d'agriculteurs concernant la gestion de la croissance du nombre de conversions et l'équilibre entre l'offre et la demande. Les différents intervenants ont rappelé la nécessité et l'intérêt de travailler ensemble pour construire et consolider les filières Bio. Pour Pascal Vaugarny, "même si on évalue bien les débouchés, il y peut y avoir des soubresauts", "mais une bonne organisation permet de faire face et d'anticiper".
Les producteurs présents à la table ronde ont témoigné de leur confiance pour l'avenir. Néanmoins, certains intervenants ont également fait part de leurs inquiétudes au regard de la pression sur les prix émanant de certains distributeurs. Là encore, la question de la maîtrise et de la concertation entre les acteurs de la Bio est primordiale.
Loïc Ducloué, président du GRAB Basse-Normandie, a conclu les débats. Pour lui, "la Bio est sortie de sa niche". L'envol des conversions depuis deux ans est encourageant et du côté de la consommation, "les pratiques des consommateurs ne sont pas passagères". Bien au contraire, les consommateurs se fidélisent" assurant ainsi la dynamique positive au niveau de la demande. Il a également rappelé la nécessité d'un bon niveau technique pour réussir la conversion à l'Agriculture Biologique, et pour l'avenir l'importance de "garder l'esprit particulier de la filière Bio qui doit assurer des débouchés sécurisés et des prix rémunérateurs".





